Medusa
Argument
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Quand Poséidon exige la soumission de Méduse, ses sœurs l’envoient vivre en compagnie des prêtresses du temple d’Athéna, espérant la protéger du dieu marin... Découvrez l’argument complet de l’opéra Medusa, notre nouvelle création mondiale.
PREMIER ACTE
Première scène
Une grotte en bord de mer. Sthéno et Euryale sont d’humeur maussade après avoir passé une longue nuit à veiller avec anxiété à la sécurité de leur sœur Méduse : cela fait plusieurs nuits que des voix d’hommes venues de l’océan l’appellent. Contrairement à ses sœurs, Méduse ne pressent aucun danger ; elle part chercher des figues, du pain et du miel pour le petit-déjeuner. Sthéno et Euryale s’interrogent sur ce qu’il conviendrait de faire, car elles ont com-pris que Poséidon, le dieu de la mer, a jeté son dévolu sur leur sœur. Euryale propose de l’éloigner de l’océan. Sthéno, qui a déjà tué tant d’hommes, pense orgueilleusement pouvoir la protéger.
En revenant du verger, Méduse voit le sable et les rochers former les lettres de son nom. Ses sœurs lui annoncent à contrecœur que Poséidon la convoite. Mais Méduse ne comprend pas : depuis la mer lui parvient seulement la berceuse qu’une mère chante à son « enfant des étoiles » pour l’apaiser, alors que tous deux sont en danger. Sthéno décide que Méduse doit partir, qu’elle le veuille ou non. Euryale espère que sa sœur sera en sécurité dans le temple d’Athéna. La berceuse se fait à nouveau entendre ; Méduse croit que la déesse lui promet ainsi de la protéger.
Deuxième scène
Méduse est novice dans le temple d’Athéna. Les prêtresses entonnent un hymne en l’honneur de la déesse, à la suite de quoi la grande prêtresse reproche à Méduse de penser encore à sa vie passée au lieu de se consacrer corps et âme à Athéna. Elle lui confie la mission de veiller seule sur la flamme de la divinité afin de purifier son âme. Lorsque la nuit tombe, Méduse est envahie par la tristesse. La berceuse se fait entendre, mais aussi les voix qui l’appellent. Soudain, la flamme s’éteint, et Poséidon apparaît. Il annonce avoir mis l’enfant des étoiles en sécurité sur le rivage et réclame la virginité de Méduse en guise de récompense. La jeune femme s’y oppose en se débattant de toutes ses forces, mais le dieu de la mer la soumet et la viole. Restée seule dans le temple, Méduse est dévastée. En voyant du sang sur ses cuisses, elle supplie ses sœurs de venir la chercher.
Athéna découvre que son temple a été profané et déchaîne sa colère contre la jeune femme. Attirées par le vacarme, la grande prêtresse et les autres prêtresses accourent. Méduse déclare avoir été contrainte, mais la déesse ne veut rien entendre : comme toutes les autres, Méduse savait que Poséidon arrivait et, d’une certaine manière, elle a laissé advenir ce qui s’est passé. Sourde aux promesses de sacrifice et aux prières, Athéna est déterminée à punir tout le monde. La grande prêtresse, qui est la seule à être autorisée à lui parler, sera désormais privée de la parole et frappée de folie. Les autres prêtresses verront leurs yeux fondre. La peau de Méduse se couvrira d’écailles rugueuses ; ses cheveux deviendront autant de serpents qui se tortillent ; et son regard transformera en pierre tous les mortels qui l’affronteront. Athéna provoque alors l’effondrement du temple tandis que les prêtresses affolées courent en tous sens et que Méduse se métamorphose.
DEUXIÈME ACTE
Cela fait dix-sept ans que Méduse a été transformée, frappée par la malédiction d’Athéna. Sthéno et Euryale ont mis leur sœur en sûreté sur une île désolée où elles survivent toutes les trois grâce à ce que leur fournit la mer : des navires ennemis avec leur cargaison. Le sol est jonché de corps pétrifiés ; ce sont les corps des jeunes soldats qui accostent jour après jour dans l’espoir de décapiter la Gorgone et de rapporter son sang de monstre chez eux. En compagnie d’Euryale, Méduse se livre à des réflexions sur son destin et sur celui des jeunes gens pétrifiés. La concupiscence de Poséidon et le châtiment d’Athéna l’ont transformée à jamais – en une créature sublime ? Elle demeurera éternellement la même, sans vieillir, elle ne connaîtra pas l’amour, elle ne deviendra pas mère. Mais pour Euryale, Méduse est à présent immortelle et invulnérable.
Sthéno n’a pas de temps à perdre avec de telles considérations. Comme tous les jours, elle vient d’arrêter un navire qui s’approchait de la côte. D’ici le lendemain, les vagues auront emporté le sang de ses victimes et préparé la plage pour l’arrivée de nouvelles hordes de jeunes héros affluant de tous les horizons. Le contenu de la cale permettra aux trois sœurs de festoyer un long moment. Méduse fredonne la mélodie de la berceuse entendue précédemment, ce qui irrite Sthéno. Celle-ci est envahie par un sentiment d’impuissance : elle a beau avoir tué des milliers d’hommes, elle a été incapable de sauver Méduse, laquelle est perdue dans sa confusion.
Restée seule, Méduse chante à présent les paroles de la berceuse : « La lune veille sur toi dans ce berceau porté par les flots…» Apparaît alors un jeune soldat numide. Il est venu pour tuer la Gorgone, mais la vision des corps figés mis en pièces et éparpillés le fait chanceler. Méduse tourne le visage du garçon vers le sien et le pétrifie au moment où leurs regards se croisent. Elle perçoit ensuite une odeur qui lui est étrangement familière, et essaie alors de calmer les serpents qui sifflent sur sa tête: « Accordez-moi un peu de répit, ignobles serpents ; laissez-moi réfléchir…» Elle pressent l’arrivée de quelque chose de nouveau qu’elle croit reconnaître. C’est l’enfant des étoiles – et Méduse comprend que leurs destins sont liés.
Elle attend. À l’instar de ceux qui l’ont précédé, ce jeune homme est venu pour la tuer. Il tente de s’approcher d’elle sans être vu, mais Méduse l’a entendu et s’adresse à lui. Dans un premier temps, il est convaincu d’avoir affaire à un monstre. Ainsi qu’il l’explique à Méduse, la tête de celle-ci est le prix qui est exigé de lui s’il veut sauver sa mère d’un mariage forcé, mais il n’éprouve aucun plaisir à accomplir sa mission. Au fil de leur discussion, il est troublé d’apprendre que la Gorgone connaît des éléments de son histoire, il est perturbé de l’entendre chanter la berceuse de sa mère et l’appeler « mon enfant des étoiles ». Son incrédulité et son aversion s’estompent peu à peu : il découvre l’humanité qui se cache sous l’apparence monstrueuse, sous les écailles et les serpents. Il veut renoncer à sa mission, mais Méduse s’y oppose. Qu’adviendrait-il alors de sa mère ? Elle lui demande son nom : il s’appelle Persée. Tandis que Sthéno et Euryale, qui ont vu un radeau sur la plage, mettent de loin leur sœur en garde, Méduse annonce à Persée qu’il va quitter l’île vivant et sauver sa mère. Mais avant cela, il devra lui transpercer le cœur et lui trancher la tête. Le temps presse, car ses sœurs approchent et elles ne se montreront pas aussi conciliantes à son égard. Méduse veut être oubliée et libérée de la malédiction de l’immortalité. Avant de mourir, elle confie à Persée : « Enfant des étoiles, tu es ma grâce. »
Traduction : Brigitte Brisbois